Après les 48 films vus cette année (un de plus que l’an passé), on ne pourra pas dire que 2007 restera comme une grande cuvée avec, à mon goût, une trop grande majorité de films "sympas" pour seulement quelques films réellement enthousiasmants.
Je retiendrai d’abord quatre films, qui pour moi se détachent du reste : une adaptation formidable de la bande dessinée de Marjane Satrapi apr elle-même, un western éthéré et beau comme tout, un mélo d'espionnage sur fond de l’ex Allemange de l’Est et enfin un film dense et réaliste dans la Roumanie triste de Ceausescu.
Mon palmarès en détail :
01 - "Persepolis", de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud

Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud (Winshluss) réussissent là une œuvre magnifique à tout point de vue. Artistiquement d’abord, le noir et blanc et toutes ses nuances de gris sont à tomber de beauté, d’expressionniste et de poésie ! (ça m’a fait penser un peu aux vieux Tintin en dessin animé, des années 70 comme "le temple du soleil"). Du point de vue du récit c’est également du très haut niveau. On suit le parcours de Marjane de sa petite enfance jusqu’à son départ pour la France dans les années 90. Tout ça est raconté avec une clarté et un sens du rythme qui ne faiblit jamais, avec verve incroyable, une intensité émotionnelle rare et tout ça sans rien lâcher de l’aspect politique de l’histoire. Du régime autoritaire du Shah à l’arrivée des mollahs, Marjane nous raconte son pays avec conviction, finesse et intelligence dans un film où l’on est ballotté entre humour et gravité à chaque instant. Persepolis est un film qui touche mais qui donne aussi à réfléchir sur ce qu’on est, sur notre capacité à résister, sur nos idées et comment les défendre et plus généralement sur notre engagement… et pour ça, Pesepolis est aussi un film politique.
02 - "L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford", de Andrew Dominik

…une mise en scène remarquable qui donne un film d'une grande beauté visuelle, tout en tension, avec une narration lente, un scénario un peu complexe où l’on s’y perd un peu entre les personnages... mais là n’est pas l’important, car ici la forme (quasi parfaite) donne toute sa force au film. Avec un sens du cadrage sans faille, avec cette façon de nous faire sentir la psychologie de personnages avec presque rien (quelques plans sur des visages), mais aussi l’ambiance, la tension qui règne avec une gros travail sur bruits, les décors extérieurs comme intérieurs (on pense un peu à la série "Deadwood") on se rend vite que compte que le film est incontestablement l’œuvre d’un grand cinéaste. Si vous ajoutez à cela le jeu des acteurs (Brad Pitt et Casey Affleck sont impressionnants, l’un par sa force de brute et sa folie sourde, l’autre par son côté frêle et craintif), la musique absolument renversante, sombre, tendue de Nick Cave & Warren Ellis, vous en conclurez aisément que ce film est un petit chef-d’oeuvre de cinéma.
03 - "La vie des autres", de Florian Henckel von Donnersmarck

Le film aurait bien pu s’appeler l’armée des ombres, tant celles-ci sont partout, à l’affût de tout et surtout celle de l’agent Wiesler, qui a pour mission de pénétrer l’intimité du couple d’artistes par des écoutes permanentes, de jour comme de nuit. Et c’est là bien sur que le film est passionnant. Où l’on voit cet agent à la vie terne s’introduire dans la vie des autres et posséder le pouvoir d’interférer sur le destin de ces gens. Au-delà de cet aspect, le réalisateur propose une mise en scène remarquable avec cette manière très réussie de présenter la RDA mais aussi et surtout cette machinerie politique surpuissante qu’était la stasi, avec notamment des décors splendides, avec ces dédales de couloirs, ces millions d’archives, ces bureaux, ces cellules d’emprisonnement… Fascinant !
04 - "la graine et le mulet", de Abdellatif Kechiche

"La Graine et le mulet" est un film qui vous prend par le bras (et parfois à la gorge et même par les tripes) et qui ne vous lâche plus jusqu’au plan final ! Enfant de Pialat et de Téchniné, Abdellatif Kechiche réalise là un film généreux et sans fard, un film charnel et sensuel. "La Graine et le mulet" c’est du cinéma vérité, du cinéma qui ne triche pas... bref c’est le cinéma de la vie avec quelques scènes mémorables qui me font dire que ce film là on n’est pas prêt de l’oublier. Du grand art !
05 - "4 mois, 3 semaines, 2 jours", de Cristian Mingiu

Ici on peut parler de film "coup-de-poing". Un film dans lequel on entre sans préalable et duquel on ressort comme on est entré, sans (nous) prévenir. Un fragment de vie, un fragment de mort, l’histoire d’une lutte contre la loi, pour la liberté, celle d’une femme désireuse de ne pas porter l’enfant qui est dans son ventre et qui en compagnie de son amie va tout mettre en oeuvre pour y arriver. Avec une mise en scène et un filmage impeccables, le réalisateur nous offre un film fascinant, bouleversant, haletant comme un thriller, aussi beau visuellement que dur dans son propos. Une film qui se contente de montrer sans juger ses personnages et qui nous confronte à une question, à une réalité qui est et sera sans doute toujours d’actualité.
06 - "L'avocat de la terreur", de Barbet Schroeder

Sans voix-off, avec uniquement des images d’archives et des interviews de proches, Barbet Schroeder nous raconte le parcours véritablement romanesque de cet homme dont les convictions ont toujours guidé ses choix (souvent discutables) en tant qu’avocat.
"L’avocat de la terreur" se regarde comme un vrai film d’espionnage, et ne laisse pas insensible. C'est un film qui dérange et qui, mine de rien, nous retrace en 2h15 quelques moments importants de l’histoire du terrorisme moderne dans une géopolitique complexe…Vraiment fascinant !
07 - "Control", de Anton Corbijn

Adapté du récit de Déborah, l'épouse de Ian Curtis, "Control" et presque l’histoire d’amour d’un homme avant d’être celle d’un rocker et de son groupe. Mais peu importe, l’émotion est là, le noir et blanc magnifique de Corbijn restitue bien le Manchester gris de l’époque tatcherienne et donne force et caractère à un Ian Curis subtilement filmé et brillamment interprété par l'acteur Sam Riley. En traitant son sujet à l’anglaise comme aurait pu le faire un Frears ou un Ken Loach, Corbijn laisse une grand place aux scènes l’intimité, de couple, de solitude, sans esbroufe nous plonge dans le cerveau fragile de Ian Curtis. Grand film !
08 - "Le vieux jardin", de Im Sang-soo

Après "The president’s last bang" que je n’avais pas trouvé si terrible que ça, Im Sang-soo me réconcilie avec son cinéma dans un film où il fait des allers et retours entre présent et passé avec une belle fluidité et en réussissant un bel équilibre entre histoire politique et histoire d’amour. Ajoutez à cela une mise en scène (comme très souvent dans le cinéma coréen) splendide avec quelques plans d’une beauté incroyable et vous aurez un film formellement impeccable, intelligent dans son propos, bouleversant dans son récit.
09 - "Congorama", de Philippe Falardeau

Film surprise que je ne m’attendais pas à retrouver dans le top 10 de fin d’année, Congorama raconte une histoire de famille qui tourne en faux road-movie, à la fois inventif, sensible et intelligent.
Avec son titre qui ne dit finalement pas grand chose, "Congorama" offre un spectacle de grande qualité. L’occasion de découvrir un cinéaste très doué : Philippe Falardeau, qui réussit là un petit coup de génie. Car si l’histoire est un joyeusement foutraque, la mise en scène elle, est pleine de maîtrise, le scénario est habilement construit et les acteurs sont totalement réjouissants.
10 - "Les femmes de ses rêves", de Peter Farrelly, Bobby Farrelly

Tout comme "Terrain d’entente" le précédent film des frangins, "Les Femmes de ses rêves" prend comme point d’encrage la vie de couple et tout ce que cette union engage, en bien comme en mal. Avec un scénario qui tient en quelques lignes, les Frères Farrelly vont réussir un film aussi drôle que touchant, alliant en permanence le mauvais goût, la grossièreté et la subtilité dans un fragile équilibre qui pourtant à aucun moment ne va se rompre. A grands coups de running gags efficaces, de trouvailles subtiles (la déviation de la cloison nasale), les frangins réussissent une fois encore un film extra, qui vous fout la banane du début à la fin et qui derrière son aspect gros comique dit bien des choses, sur les êtres et leurs relations. Et même si on n’atteint pas la force de "Deux en un" (leur chef-d’œuvre), "Les Femmes de ses rêves" reste quand même un grand cru de l’année 2007.
10 - De l'autre côté, de Fatih Akin

Récompensé du prix du scénario à Cannes en 2007, "De l'autre côté" aurait pu avoir aussi le prix de la mise en scène tellement celle-ci est remarquable tout en étant relativement discrète. "De l’autre côté" est un beau film, à la fois simple dans les choses qu’il dit et complexe dans sa construction. Au centre du film, l’engagement, la culpabilité, mais aussi le pardon, (Télérama est aux anges !) et la confrontation de deux civilisations, de deux cultures que l'on observe à travers les rapports entre les personnages du films. Sans porter de jugement définitif, le réalisateur de "Head-On" propose un film délicat, plein de grâce et de pudeur, sensible qui, sans être pour autant bouleversant, se révèle malgré tout passionnant... sans doute aussi et grâce à l’interprétation remarquable des acteurs.
Viennent ensuite :
12 - Les climats, de Nuri Bilge Ceylan
13 - Scandaleusement célèbre, de Douglas McGrath
14 - Zodiac, de David Fincher
15 - la nuit nous appartient, de James Gray
16 - Les promesses de l'ombre, de David Cronenberg
17 - La maison, de Manuel Poirier
18 - La fille coupée en deux, de Claude Chabrol
19 - Roman de gare, de Claude Lelouch
20 - J'attends quelqu'un de Jérôme Bonnell
Les films que je n'aurais jamais du aller voir :
Michael Clayton, de Tony Gilroy
Paranoid Park, de Gus Van Sant
Faut que ça danse, de Noémie Lvovsky
The golden door, de Emanuele Crialese
Les chansons d'amour, de Christophe Honoré
Pour mémoire > Le Bilan 2006
par Benoit RICHARD
publié dans :
CINEMA


